La Vie de Ça : 3.Apologue : Quand bigre bide

(suite de 2.Monologue : tant soignée )

 

7ème jour hors de chez elle.

Toujours vivante.

Elle est admirative de ce monde si étrange. Chaque jour apporte son lot de nouveautés, de dangers, de risques, de réconforts aussi. Elle est l’admiration, l’étonnement, la rencontre. Apparemment, c’est un univers entier, dont elle est le soleil. Malheureusement, tout ne tourne pas toujours rond. Des nuages étranges, plus informes que difformes, vont et viennent, s’autodétruisent, pour parfois, revenir. Fatiguée, ce monde est épuisant.

Et grand Pantacle, que tout est pointu!Les sons, les objets, la nature… Quelle nature, d’ailleurs? C’est si fade, parfois. La perte du Grand Arbre a laissé un peu de tristesse, dans le ventre. Un vide, un creux.

Mais… oui… ouvrant grand les yeux, elle voit, forme un peu plus formée, flou artistique, un… bourgeon… serait-il possible que ce soit, là, le Grand Arbre… La même odeur… comme après la destruction de Pantacle. C’est différent. Et pareil. Et donne des fruits! Fruits très tendres, un peu sucrés, chauds. Fruit qui se mérite, qui se gagne, qui se demande, ce n’est plus la vie toute facile. Vie dangereuse, Étonnement le remarque bien. Et ce n’est pas Grand Arbre. Trop grand pour être Grand Arbre. Taille infinie dans cette univers… vers quoi? Quel est le sens, le but? Tout semble si imprévisible.

Rage de ne pas savoir, de ne pas voir, de ne pas ça voir. Curiosité cherche une solution. Concrète. Elle explore. Avance péniblement, l’horizon reste imperturbablement le même. Curiosité sait aussi que Peur est là, déjà et toujours. Parfois, comme là, le vent se lève. Ce vent, tornade tourbillonnante, crache le cosmos, arrache la matière, tourne et retourne la Vie. Ce vent vivant, se nourrit lui-même de sa propre présence. Vent vit vent. Vent emprisonne Peur, gronde, le sol tremble. Vent est presque physique, assombrit. Au creux de la tempête, c’est pourtant là que Tétanisé ressent le moins la violence de Vent. Et puis, la tempête perce, se disperse, berce. Soulagement ouvre les yeux, arrête de crier.

« Tiens, oui, je criai. Sans m’entendre. »

Autre monde. L’univers a été détruit. Totalement. Une vague odeur subsiste. Comme une brise de l’ancien monde. Le Brise-Monde a donc encore frappé. Ce n’est pas la première fois que Brise-Monde se déchaîne. Cela arrive, tous les 3 ou 4 jours.

« À quoi sert-il que je rampe si c’est pour n’être que le jouet de Brise-Monde? » Et Brise-Monde brise la physique, et parfois débrise, à partir de débris, certainement, il recrée un monde détruit. Oh, pas pareil, il y a toujours quelque chose qui change. Comme son odeur. Brise-Monde sent plus ou moins bon, plus ou moins mauvais. C’est comme ça. Il faut s’y faire.

Est-ce l’enfer? Là où tout change sans jamais changer? Où il n’y a ni ordre, ni désordre, chaos… K.O. Fatigue est très souvent là. Les journées sont courtes, nombreuses. Non, ce ne peut être l’enfer. Sinon, il n’y aurait pas Très Grand Arbre. Rassuré, il ne faut pas s’en faire, c’est l’An Faire. Que faire alors? Nuit agitée. Beaucoup beaucoup plus de rêves. Chaque nuit, il y a rêves. A tel point que Perplexité se demande quelle est la vraie existence? Est-ce qu’elle vit deux vies? Est-ce la même vie? Ce qui se passe en rêve, est-ce réel? Le réel est-il un songe? Les rêves sont comme la réalité, à mi-chemin entre le cauchemar et le merveilleux. C’est difficile. Tout est difficile, bizarre, délicat et chouette.

Aujourd’hui, Contentement est. Le Très Grand Arbre est devenue son amie préférée. Il nourrit, bien sûr. Mais il joue aussi avec lui. Comme Brise-Monde. Brise-Monde est particulier, gentil souvent, avec sa grosse voix, ses grosses mains. Étrange aussi… Il joue avec Très Grand Arbre, parfois sans lui. Pourquoi Très Grand Arbre accepte de jouer avec Brise-Monde? Contentement est là, il suffit de jouer avec lui. Injustice peut-être. Alors, Injustice pense. Pense que Brise-Monde peut briser Très Grand Arbre. Il pense à effacer Brise-Monde. Mais seulement quand Brise-Monde accapare le Très Grand Arbre. Sinon, il est chouette. Il ne faut pas l’effacer.

Eurêka, crie Lucidité

Eh oui, elle a enfin percé l’un des mystères. En fait, Brise-Monde ne détruit pas les mondes, il transporte seulement Lucidité dans un autre monde. Il en existe plusieurs dans l’univers : le Monde des Habitants, le Monde des Fruits, le Monde des Magiciens.

Le Monde des Habitants est le monde préféré de Lucidité. C’est là qu’il y a tous ses amis, après Très Grand Arbre et Change-Monde (c’est un nom plus juste que Brise-Monde). Tellement d’aventures… Ne croyez pas que ce sont des amis tout gentils, parfaits… Ce sont des vrais êtres, avec leurs problèmes de Brise-Monde, leurs dragons, leurs démons et tremblements de terre. Et aussi avec des histoires d’arbre et de change-monde qui veulent enfanter. Mais ils ne sont pas d’accord. Et parfois si. Alors, il y a de nouveaux amis, des grands, des petits, des différents et des pareils.

Le Monde des Fruits est le royaume du Très Grand Arbre. Il invite parfois même ses amis, d’autres Très Grands Arbres, et beaucoup de Changes-Mondes. Ici, il y a des fruits très différents de ceux de l’Arbre. Ils sont bons, bien sûr, mais ce n’est pas pareil. Ce sont des fruits tristes, des fruits froids. Parfois, chauds à l’extérieur, mais ça fait comme froid à l’intérieur. Peur a peur qu’Arbre ne donne plus ses fruits, les vrais, ceux qui sont bons. D’ailleurs, Arbre n’en donne plus trop. De moins en moins. Plusieurs jours sans de vrais fruits.

Le Monde des Magiciens, c’est un monde unique. Peut-être même que ce monde n’existe qu’en rêve. Lumières, bruits et des Très Grands Arbres partout, des Changes-Mondes à n’en plus finir. Parfois, Énervement crie, car il y a trop. Trop de lumières, trop de bruits, trop de sollicitations. Ça fait mal. La technique nuit marche toujours. Il suffit de dormir pour changer de monde. Magie.

Il doit exister d’autres mondes, Lucidité se promet de les découvrir tous.

Horreur. C’est la premier fois que Horreur est là. Oui, Horreur était déjà peur. C’est une évidence, c’est du connu. Mais Horreur n’a jamais été jusqu’à aujourd’hui. Horreur est plus indéfinissable, menaçant, apocalyptique que Peur. C’est peut-être à cause de Lucidité. À force d’avoir découvert de nouveaux mondes, surtout le Monde du Toi, Lucidité est allée trop loin.

C’est la punition.

Change-Monde l’avait prévenu : SCION, SCION, SCION avait-il crié. Lucidité apprend petit à petit le langage des indigènes. SCION signifie de ne pas continuer, qu’il peut y avoir de la douleur, de la souffrance, des cris. Parfois, quand Lucidité est plus fort que SCION, Change-Monde agit. C’est peut-être pour ça que maintenant, il a ce nouveau monde rempli d’Horreurs, qui sont tous là, punis pour des fautes graves. Mais quelle peut être la gravité de telles fautes? Ce sont peut-être tous des tueurs d’amis… Mais Horreur n’a jamais tué d’ami… Si, parfois, c’est vrai… C’est peut-être pour ça… Horreur regarde autour de lui. Seul…. Change-Monde n’est pas là, Très Grand Arbre n’est pas là… Il y a des Très Grands Arbres, mais ce sont des faux. Même pas comme dans le Monde des Magiciens. Ici, ce sont des vrais Faux. Et toutes ces Peurs, ces Horreurs, ces Inquiétudes autour de lui. Impossible de faire nuit ici en si mauvaise compagnie, l’univers tout entier pourrait être détruit.

Une seule solution : crier! Crier à se faire exploser les poumons, crier à avoir mal, très mal. Plus Horreur crie, plus c’est efficace. Normalement. Mais ici, ce n’est pas normal. Ça ne marche pas. Alors, Horreur continue, crie, hurle, tape, frappe. D’autres horreurs font pareil. Hé hé, les Faux Arbres ne savent pas quoi faire. Ça va marcher, ça va marcher… Et puis le temps passe, et puis rien ne marche… Alors, Horreur essaye Courage. Courage est. Courage se sent mieux. C’est peut-être comme après la destruction du monde de Pantacle, il faut à nouveau tout recommencer. Cette fois-ci, il y a d’autres comme lui. Alors Courage, prudemment, s’avance vers une Horreur. 


Comment communiquer? Il cherche autour de lui quelque chose, un présent. Là, un ami! Il prend l’ami et le temps vers l’Horreur. Horreur arrête d’être un instant. Il regarde Courage… Courage reprend espoir… Horreur n’est peut-être pas trop arriérée. Horreur semble, c’est une évidence, bien moins intelligente, bien moins forte que Courage. La preuve, Horreur crie depuis plus longtemps que Courage. Alors, peut-être que Courage peut l’aider à devenir Calme. Horreur tend la main vers l’ami que lui tend Courage. Parmi les cris de toutes les autres horreurs, le silence se fait entre Courage et Horreur.

Et puis… Horreur accepte l’ami. Horreur devient Calme. Courage a gagné. Courage est le meilleur, il le sait, le sent. Ça a toujours été le cas. C’est pour ça que Très Grand Arbre et Change-Monde l’aiment tant. C’est même grâce à Courage qu’ils sont ensemble. Et voilà qu’il est maintenant dans un nouveau monde hostile. Eh bien, foi de Courage, je m’en vais conquérir ce nouveau monde. Ce nouveau, avec tellement de Peur, d’Horreur, de Calme aussi, petit à petit. Je vais réunir tous ces gens, avec leurs états. Ce sera le monde des États-Unis. Et quand Très Grand Arbre viendra, car Courage est convaincu que Très Grand Arbre reviendra, il sera fier du travail de Courage. Oui, fier. Courage est aussi Fierté. Courage est Fierté est Intelligent est Fort. Heureusement qu’ils sont là.

Et Très Grand Arbre est venu. A ramené Fierté. Et puis Fierté fut à nouveau déposé. Puis recherché. Puis déposé. Mais Fierté sait maintenant, n’a plus peur. D’ailleurs, il n’y a presque plus d’Horreur. Sauf parfois, un nouveau ou l’autre. Alors elle aide le nouveau, lui offre un ami qui traîne. Ça marche. Souvent.

Fierté grandit. Et Fierté comprend que les différents mondes ne sont pas des mondes différents. Tous sont unis, reliés, sans interruption. Cependant, Déception est… Déception forte, indescriptible, innommable… Elle n’est pas… le centre des mondes. Non, le centre de l’univers, du cosmos, ce n’est pas elle… Elle qui pensait être, maintenant et toujours, le seul et unique point où convergent toutes les énergies, toutes les personnes, tous les amis… Et non, plus rien, elle n’est qu’un point parmi d’autres. Parmi beaucoup d’autres. Beaucoup trop. Plus le ventre absolu…Quand bigre bide, c’est un bébé qui grandi(t).

(suite 4.Prologue )

 

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