La puissance du Senseï

Comment en rendre compte ?
Lors du remue-méninge (ou brainstorming pour briller en soirée) de cet article, je n’avance pas. Pourtant, le sujet est trouvé : La puissance du Senseï.
Souvent, j’écris d’abord, j’en parle ensuite. L’écrit permet d’avoir une base commune de discussion.
Et puis, parfois, l’article est tel un touriste-badaud qui déambule innocemment dans les ruelles de mon cerveau. Alors, je l’aborde, je discute avec lui, j’apprends à le connaître. Je le présente à des amis, on fait connaissance.
Au début, il est un peu tendu, le touriste :

– C’est quoi cet autochtone qui vient me parler ? De quoi il se mêle ? I don’t speak le M.Mih

Et puis, petit à petit, il se détend en même temps que ma langue se délie. L’indigène ne le gène plus. Il devient un ami, je finis par en parler comme si je l’avais toujours connu.
Si l’amitié naissante survit à l’épreuve du temps possiblement assassin, je le dépose délicatement parmi quelques phrases, quelques mots qui lui siéent bien, plus ou moins. Les sonorités et les métaphores, c’est comme les goûts et les couleurs.

Et si un jour, l’ami se lasse, je le mets à jour, je lui promets une postface, une suite, un tome 2, un approfondissement.

N’oublions pas que si le temps assassine, ce n’est jamais sans raison. Il passe et terrasse, pour que des mots (dés) surgissent le terreau pour une nouvelle histoire.

Bref, habituellement, ce touriste finit par trouver sa place.

Mais pas cette fois-ci.
Pas celui-là.

Pourquoi La puissance du Senseï ne se dessine pas à l’écrit ?

Ça fait un moment qu’il se balade, il a été présenté oralement. Mais les mots s’envolent avant que l’écrit n’ait le temps de les apprivoiser.
Verbaliser, est-ce sanctionner une idée, un concept en la mettant en mots ? L’ai-je vexée ?

J’ai pensé à en faire une fiction. La fiction, c’est l’affection de l’auteur pour la liberté du lecteur. L’auteur donne l’emplacement de l’étang, le lecteur va à la pêche. Ce qu’attrape le lecteur, ce qu’il en fait, ne dépend plus de l’auteur. Même si certains accusent l’auteur de noyer le poisson.

Le lecteur reste responsable de ce qu’il imagine. Imaginer, mettre des images sur les mots. Il choisit tout ce qui n’a pas été explicité par l’écrivain.

D’une certaine manière, je me déresponsabilise. Ce n’est pas sérieux, c’est irréel.

Parce qu’écrire un article sur la réalité, sur une idée, sur un concept, sur quelque chose qui n’est ni de la fiction, ni de la poésie, entraîne certaines obligations. Si on souhaite être lu et compris.

Pour cela, on peut suivre un modèle (le célèbre thèse-antithèse-synthèse d’Héraclite), un fil conducteur (pour cet article, c’est la difficulté à écrire sur la puissance du Senseï… enfin, je crois). Et mettre en place une progression logique et compréhensible.

À ce stade de l’article, il y a encore du travail, alors. Le sens ne jaillit pas fièrement, les lecteurs ne s’exclament pas : mais bien sûr, c’est limpide comme de l’eau de roche !

Si j’écrivais juste pour écrire, et non pour être lu, cela ne poserait pas de problème. Mon blog serait enfoui sous les milliards de grains de sables dans le néant d’internet, où même le plus performant des moteurs de recherches ne saurait le faire remonter en première position. Mais ce n’est pas le cas. J’écris pour le plaisir intellectuel, mais aussi pour être lu, comme tant d’autres avant moi, tant d’autres aujourd’hui, et tant d’autres dans le futur.

Mais voilà, je n’avance pas. Le lecteur est là, il veut voyager, et moi, je lui propose de suivre sur une carte le voyage. Avec une carte en mauvaise état, presque effacée.

C’est pas terrible. J’entends déjà le « Remboursez ». Oui, que je vous rende le temps que je vous ai pris, l’attention utilisée, l’imagination déployée.

Mais voilà, mes écrits, c’est comme la vie, il n’y a pas de garantie. Je suis désolé de t’avoir amené jusque là. Mais ressaisis-toi, tu n’es pas pris au piège.
Tu peux arrêter, là, maintenant. Oui, c’est toi qui as le contrôle de ta vie.

Just do it.

Évidemment, tu as le choix. Tu peux aussi continuer. Par curiosité (je n’oublie jamais de la rendre après l’avoir piquée), par ennui ou pour quelques raisons obscures que je ne parviens pas à saisir.

Soit. Tu as apparemment fait ton choix.

Donc, maintenant, la puissance du Senseï.

C’est ce sur quoi tu as cliqué. Tu l’as acheté, tu as dépensé du temps (dépensé, est-ce le contraire de penser ?), tu veux l’avoir.

Je veux bien te le donner. Mais je ne sais pas comment.

La puissance du Senseï.

La Puissance du Senseï.

Ça rend mieux avec un P majuscule à puissance, peut-être ? Qu’en penses-tu ?

D’ailleurs, oui, qu’en penses-tu ? Comment pourrais-je parler d’un sujet si je ne sais pas du tout ce que tu entends par là, les idées, les connaissances et pré-connaissances que tu as déjà. Je risque d’être totalement à coté de la plaque si je ne sais pas ce que tu sais déjà.

J’admire ceux qui écrivent et touchent beaucoup de monde. Ils font preuve d’une omniscience assez fantastique.

Il existe plein d’histoires, tombés dans l’imaginaire collectif, de la puissance tant redoutée des maîtres en arts martiaux. La culture populaire en est remplie. Du coup, c’est difficile d’en parler, tout en restant vrai, réaliste, sans s’appuyer sur des histoires extraordinaires à la réalité contestée.

Je vais tenter. Parce que j’aime les défis. Et puis, il faut bien que tu reparte avec quelque chose, toi qui es encore là à lire, sans te décourager.

Le coût de la rage : Courage.
Alain Damasio

Mais avant, j’ai une ultime confidence à te faire :

Je suis un imposteur.

Je m’apprête à te parler de ce que je ne connais pas. Je t’ai attiré par un titre alléchant (en tout cas, c’est l’effet voulu), mais tu ne pourras goûter qu’à 5% du gâteau. Peux-être même moins. Oui, car cette puissance du Senseï, je ne l’ai presque pas senti. Juste 5%, tout au plus. Et c’est ce 5% qui a marqué mon être tout entier.

Donc, voilà le vrai titre de cet article :

5% de Puissance du Senseï

5%, c’est l’impression d’avoir été traversé par un bâton, d’être non seulement touché, mais déchiré. Et de remarquer que non, en fait. L’esprit est touché alors que le corps a réagi.

5%, c’est n’avoir plus aucune pensée parasite à l’esprit. C’est ne plus vraiment avoir d’esprit aux commandes. L’esprit est un spectateur, rien de plus. C’est le corps qui décide, aussi rapidement que possible, que faire. L’esprit ne peut suivre. Il reconstitue l’histoire à posteriori.

5%, c’est rêver toutes les nuits, de l’arrivée jusqu’au départ du dojo du Senseï. 50 jours. 50 nuits.

5%, c’est avoir des selles stressées pendant toute la période.

5%, c’est comprendre que le Ki, cette soi-disant notion ésotérique japonaise signifiant souffle-énergie-esprit-sentiment-sensation, n’est pas une notion ésotérique. Ce n’est pas de la magie. Ce n’est pas pour faire classe dans les dojos. C’est physique. C’est juste l’intention du gars en face de te découper en deux. Oui, c’est physique. Physiologique, même.

5%, c’est comprendre que je suis en vie. Et que je pourrais ne plus l’être. Par simple décision d’un autre être vivant.

5%, c’est ne plus faire de discrimination entre les mouches qui t’embêtent, la rigole derrière toi, les arbres, les autres êtres humains, la fatigue, la douleur. Ce ne sont plus des problèmes, c’est juste la seule réalité à l’instant T. Et il n’y a qu’un seul sens à ce tout : (sur)vivre.

5%, c’est être dans l’instant présent pour mieux comprendre qu’il y a un avant et un après.

5%, c’est suffisant pour ne plus croire à ses auto-limitations.

5%, c’est beaucoup trop pour croire encore à ses illusions de grandeur.

5%, ça te fait aimer le fait de ne plus agir, de ne plus rien faire de spécial, d’être juste là. Et c’est tout. Et c’est suffisant. Et c’est le bonheur.

5%, c’est un chiffre donné aux hasard, car je ne peux pas estimer. Car il n’y a plus de place pour des estimations. Ni d’estimation des autres, ni d’estime de soi.

5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5%5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5% 5%

5%, putain.

Je crois que le touriste-badaud a quitté mon cerveau. Depuis le 15 novembre qu’il se balade, je pense qu’il a pu explorer mon corps en détails. Petit chenapan. Je lui souhaite une belle continuité, parmi ses mots de fortune. Jusqu’à la prochaine fois. Peut-être.

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La puissance…

Tous les articles Uchi-Deshi sont sur la page Artiste Martial.
Les magnifiques photos sont là.
Et as-tu vu l’article de Framagirl : Aventure Uchi-Deshi : décembre 2017
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3 pensées sur “La puissance du Senseï

  • 9 janvier 2018 à 21 h 56 min
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    Très jolie photo, tu fais du volley ? 🙂

    Répondre
    • 16 janvier 2018 à 18 h 23 min
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      Le fils prodigue, de Rodin, je dirai plutôt… 😉

      Répondre
  • 6 janvier 2018 à 23 h 10 min
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    Que dire de cet article ?

    Ca semble être vraiment toi, en phase avec ton être intérieur autant qu’extérieur…
    J’ai hâte de voir ta prochaine publication à lire cela!

    Faut croire que nos chemins se croisent, dans ce sens évoqué ici d’écrire pour le plaisir (et l’intellect, intérêt de poser ce que nous pensons) mais pour beaucoup d’entre nous auteurs aussi pour être lu…
    Sur ce dernier point, de moins en moins pour moi, pourtant à la base j’en attendais un paquet et ne le cachai pas.

    L’équilibre entre toi et moi, du moins en amis que nous sommes, serait-il à la croisée de nos pensées évolutives du coup?
    J’ai de la joie à l’imaginer.

    A très bientôt sur le chemin de nos pérégrinations littéraires [ entre autres ]
    N’hésite pas à passer y laisser un petit mot de temps en temps, lorsque cela te dit et t’es possible 🙂

    Bye bye l’artiste !

    Répondre

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