Faire de beaux rêves ou descendre au fond du gouffre ?

La Pierre et le Sabre (livre 1): page 617 / 857
Films regardés : 9/11
Toutes les photos, régulièrement mis à jour, sont ici : Objectif Uchi-Deshi en image.

Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourra faire de beaux rêves et penser ce que tu veux, choisis la pilule rouge tu restes au pays des merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre.
Morpheus dans Matrix (des soeurs Wachowski)

 

Lundi 26 septembre, 11h et des poussières. L’avion décolle. La sensation de décollage d’un engin si grand est unique, et doit être vécue au moins une fois (ou deux, si l’on aspire à un retour…). Il n’y a cependant pas que l’avion qui monte dans les airs, les larmes, elles aussi, ont envie de grimper jusqu’à mes yeux. On dit que les larmes montent, mais d’où partent-elles ? Du cœur ? D’une source encore plus éloignée ? Que doivent-elles parcourir, quelles épreuves traversent-elles, quelles difficultés surmontent-t-elles pour enfin pouvoir être libres ?

Par un chemin de traverse, elles aspirent à un changement d’air et peuvent enfin goûter à une autre destinée. Je pleure silencieusement. Positivement, sûrement. Il y a une vulnérabilité agréable dans le fait de pleurer. Une vulnérabilité qui se répand à travers le corps, une sensibilité accrue que j’apprécie grandement. C’est bon de se sentir léger. Mais il y a aussi une lourdeur. Malgré les pleurs, des larmes doivent avoir du mal à gagner leur liberté. Quelque part au niveau de la gorge. Le combat est long pour une petite larme. Larme qui ne dépose pas les armes.

Qu’est-ce qui leur a permis de commencer une nouvelle vie hors de ce corps ? Un peu d’amertume peut-être. J’aurais aimé pouvoir parler à quelqu’un pour une dernière fois avant le départ, à mes parents. Quelques mots, quelques paroles la veille étaient importants pour moi. Mauvais timing, cela ne s’est pas fait. À l’époque des communications dans tous les sens, cela ne s’est pas révélé possible. J’ai appelé d’autres personnes, bien sûr. Mais ce n’est pas pareil.

Que c’est délicat de partager ce que je peux ressentir…

C’étaient des pleurs silencieux, discrets, à quelques milliers de kilomètres au-dessus de la terre, en direction d’un pays inconnu, pour vivre une expérience nouvelle et imprévisible.

Ceux qui vont mûrir te saluent !
Caracole, dans la Horde du Contrevent, roman d’Alain Damasio

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Lundi 23 octobre, 9h et des poussières. Cours d’Aïkido du matin, sur les tatamis. Cela fait presque un mois que nous sommes ici, Framagirl et moi. Je boîte du pied droit par intermittence depuis la veille, à cause d’une mauvaise réception après un ukemi (une chute / roulade) au dessus d’une chaise. Mon index de la main gauche est un peu gonflé et sensible au toucher depuis un peu moins d’une semaine, suite à un cours de Jo (baton).
Irimi Nage sur shomen, je ne comprends pas comment je dois réagir, me prends trois coups à chaque tentative. J’en ai marre. Je sais depuis le début que je suis nul.
Pourquoi suis-je ici ?
Quelle finalité ?
Existe-t’il une finalité ?
Bullshit. Il n’y a que ce qui est.

Senseï dit que c’est une bonne chose de pleurer. Qu’aujourd’hui, j’ai fait connaissance  avec la peur. Qu’il faut faire sortir sa peur, qu’il faut la cracher.

Mourir à l’expérience de hier, mourir à la sensation d’aujourd’hui.
Commentaires sur la Vie, Jiddu Krishnamurti

Les émotions dans l’océan, les petites blessures, l’esprit fatigué. Comment ne pas accumuler ? Quelle idée d’être là. Pourquoi ?

Mon enseignant d’Alsace m’a dit avant de partir : ne doute pas. Je ne dois pas douter.

Mercredi 1er novembre. C’est aujourd’hui mon anniversaire. Mon adorable compagne m’offre un cadeau, l’unique cadeau pour cette année : un carnet, avec des mots d’une dizaine de personnes plus ou moins proches. Je suis ému. Elle a pensé avant le départ à aller recueillir ses phrases auprès de toutes ces personnes. C’en est trop. Je n’arrive pas à trouver du plaisir dans la pratique pour l’instant. Et j’en ai marre. Marre de vivre instant après instant sans plaisir.
Puis-je trouver une place dans l’Aïkido ?
Ce n’est peut-être tout simplement pas pour moi, pas pour mon corps, pas pour mon esprit…
Cette expérience m’a déjà beaucoup apporté, mais là, je me sens au bout…
J’ai déjà pleuré la dernière fois, ce qui m’a amené sur une période de doute pendant quelques jours.

Où j’imaginais rentrer chez moi. Même pas forcément. Pas rentrer chez moi, juste ne plus faire d’Aïkido ici. Je ne ressens pas le besoin de rentrer, je ne veux plus faire ce que je fais ici.
Est-ce que c’est reparti pour une période de doute de quelques jours, et après, ça ira mieux ?

Les larmes sont présentes, aux coins des yeux depuis plus d’une heure maintenant. Marre.
J’aimerais pouvoir juste vivre les choses, les unes après les autres, mais faut pas être con, non plus… Ne pas s’obstiner bêtement…
Wait and see ? … … …

Vivre, c’est être vulnérable, se renfermer, c’est mourir ».
Commentaires sur la Vie, Jiddu Krishnamurti

M.Mih fait la lecture...

Ma liberté me manque. Je sais qu’elle doit être intérieure avant tout. Mais savoir ne change pas la réalité.

L’écriture de cet article tourne dans ma tête. Je dois écrire. Mais écrire quoi. Des phrases se forment dans mon esprit. Il est trop tôt pour écrire. Peut-être qu’écrire me permettra de dépasser l’inconfort de la situation. Peut-être pas. Un article par semaine, c’est la rigueur que je me suis imposé. J’ai encore quelques jours.

Samedi 4 novembre. Oui, ça va mieux. Ce n’était alors qu’une période de doute ? Je ne sais pas.

Réfléchir, c’est fléchir deux fois.
La Zone du Dehors, Alain Damasio

Ça va mieux grâce à la visite d’un élève externe. J’ai pu alors pratiquer avec quelqu’un d’autre. Autre que Framagirl ou l’enseignant. Et j’ai trouvé du plaisir. C’était déjà ça.  Je ne suis pas plus avancé sur la finalité de ma présence ici, de mes actions. La coupure a été fait avec mon quotidien, à quoi bon continuer ? Mais je continue, ayant à nouveau pu goûter à un peu de plaisir. Le plaisir donne du sens à la pratique.  Le reste, devenir fort, efficace, en bonne santé, apprendre, comprendre… cela me semble des illusions. Mais par contre, avoir du plaisir me semble être la seule chose qui mérite la peine d’être vécue. Pas forcément d’être recherchée. Juste d’être vécue. De temps en temps, comme ça.

Une annonce imprévue

Senseï nous a annoncé, le 27 octobre, qu’il nous envoie dans un autre lieu, un « vrai dojo ». Pour qu’on puisse pratiquer avec des corps différents, des gros, des minces, des petits, des costauds, des grands… C’est ce dont on a besoin, d’après lui.
J’ai été intérieurement trop sarcastique sur le fait de partir d’ici, voilà que c’est lui qui nous demande de continuer notre aventure ailleurs.

Totalement inattendu pour Framagirl. Et totalement inattendu pour moi. Des scénarios, j’en ai imaginé plein, mais pas celui-ci.

Ce n’était pas une question, il nous demandait pas notre avis, il nous envoie là-bas. Là-bas, c’est aux États-Unis, à San Diego, dans le dojo historique du fondateur de notre école, le Birankaï.
Moi, M.Mih, aux États-Unis ! J’ai déjà quitté ma forêt pour aller dans un lieu sauvage au Mexique, maintenant, je dois aller affronter la jungle urbaine d’une grande ville.

Ça ponctue la période des cinq mois. Permet de donner des repères. Nous allons à San Diego pour du 15 novembre au 6 février, et puis nous revenons ici pour le stage d’hiver jusqu’au 27 février. Des repères, c’est bien.

Un vrai dojo. À nouveau un lieu inconnu, des personnes inconnues. Affronter la barrière de la langue, s’adapter à une autre pratique. Mais aussi être entouré… Goûter à une autre forme de « liberté », à un autre cadre. Et peut-être, retrouver à nouveau un peu de plaisir en pratiquant avec différentes personnes. Peut-être.

Je ne me pose pas trop de questions.

Chaque chose après l’autre.

Période de doute, de blessure, de peur, de plaisir… Je ne fuis pas, je vis.

On ne peut pas empêcher le temps de se défiler. C’est une très bonne chose.

Je continue d’avancer, de vivre chaque moment, et un jour, ce sera la fin de cette période. Je ne regrette pas d’être parti. Je ne regretterai pas de la finir non plus.

Ouf. Que c’est épuisant de vivre !

J’ai enfin pu écrire cet article. Libérer les mots et non seulement les pleurs. J’espère avoir pu éviter le marasme émotionnel. Que le temps, l’écrit et la mise en forme dépasse la réaction instinctive.
Maintenant, libéré, je peux répondre aux nombreux messages d’anniversaires que j’ai reçu !

Expérience Parangon

Si tu trouves les photos qui suivent bizarre, l’explication est dans cet article : Parangon, évolution et dynamisme.
Toutes les photos de l’expérience Parangon, évolution et dynamisme en cliquant ici.

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Tous les articles Uchi-Deshi sont sur la page Artiste Martial.
Les magnifiques photos sont là.
Et as-tu vu l’article de Framagirl : Arts plastiques et arts martiaux ?
Le site de notre nouveau dojo à San Diego
Toi aussi, il t’arrive de pleurer ? Alors, inscris-toi à la lettre de M.Mih (en bas de cette page), et tu ne pleureras plus jamais (hum…) 😉

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6 pensées sur “Faire de beaux rêves ou descendre au fond du gouffre ?

  • 6 novembre 2017 à 14 h 55 min
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    As it is ! À travers les larmes et le feu intérieur, le tranchant sépare la complaisance du dépassement de soi. Courage – Humanité – Intégrité – Étiquette – Sincérité – Loyauté – Dignité. Feliz cumpeaños M.Mih !

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    • 6 novembre 2017 à 19 h 05 min
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      bien dit… l’épée flamboyante apporte la vraie connaissance. Accepter les doutes, les peurs c’est vivre comme un être humain digne de ce nom . Tout passe… impermanence. Mais aussi joie partagée. Le feu doit sans cesse entretenue. Et tu as une aide précieuse à tes côtés ta femme!

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    • 6 novembre 2017 à 20 h 25 min
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      Gracias.
      Wait and see.
      Piouuu

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  • 6 novembre 2017 à 11 h 19 min
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    Nous passerons tous par un entonnoir dans le monde merveilleux de la réalité. Pour certains ça c’est déjà fait. Pour moi c’est fait. Pour vous c est maintenant.
    Allez et vivez. Ite missa est.
    De tout coeur avec vous pour cette nouvelle année de mmih.

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    • 6 novembre 2017 à 19 h 08 min
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      le doute, c’est poser une question… et une question en appelle toujours une autre. Si tu ne doutes plus, c’est grÂvissime. Bisous à vs2

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    • 6 novembre 2017 à 20 h 22 min
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      Deo gratias.
      Je peux le mettre sur la tête, l’entonnoir ?

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