Il était une fois la dernière escadrille…

Du Marathon de Colmar 2017

Qu’est-ce que 42 km et 195 m ?

C’est environ 84 000 foulées. En tant que minimaliste, c’est un petit peu plus, petites foulées obligent.
84 000 foulées, c’est simplement une seule et unique foulée.
Un pas.
Un pas après l’autre.
C’est comme la vie.
La vie, c’est une centaine d’années.
Environ 3153600000 secondes.
Personne ne se dit : oh, j’ai encore tout ça à vivre, je n’y arriverai pas, c’est trop long.
On vit instant après instant.

Un marathon, c’est pareil. Et comme la vie, un marathon à plusieurs, c’est plus fun.

Nous sommes trois. Il est 9h17. Il fait froid. Ah non, c’est vrai, nous sommes des guerriers. Il fait seulement un peu frais. Guerrier ou pas, l’excitation du départ me tient chaud.
Nous sommes trois. Les trois membres de l’escadrille L’instant 249.
M.Mih au départ pour les 84 000 foulées en Luna, sandales de trail inspirées des huaraches.
Plouis, l’homme bleu en Five Fingers pour me soutenir à partir du 21ème km.
Et Framagirl, déesse en chaussures minimalistes Merrel pour les 10 derniers kilomètres.
Autrement dit, on ne pèse vraiment pas lourd. Pas d’amorti, de drop, de gels étranges, de chaussures high-tech.
Nous, on reste légers et près du sol.

Si matériellement, nous sommes light, en humanité, nous sommes lourdement chargés : amis et familles se sont organisés pour jouer les supporters déchainés. Et ce fut plus qu’un simple luxe…

9h29, le départ va être donné.
Tiens, quelqu’un d’autre en huarache. Et même… une femme pieds nus ! Je l’aime…
C’est la première fois qu’elle tente un marathon pieds nus. Le parcours faisant un bretzel (pardon, un huit), elle se laisse la possibilité de s’arrêter au semi-marathon.

Il existe toujours plus fêlé que soi, c’est rassurant !

C’est parti. Nous sommes presque 4000 coureurs. Des marathoniens (ou futurs), des coureurs en relais (4x10km), des escadrilles. Les semi-marathoniens sont partis une demi-heure avant, j’aurai encore la chance d’en rattraper quelques uns (oui, souviens toi, le parcours forme un bretzel).
Comme à chaque fois, je pars assez vite, entraîné par le flot de bipèdes et les acclamations du public.
Je sais que je suis partis pour faire 42km en moins de 6h, barrière horaire oblige.
Je sais qu’il y aura 239m de dénivelé positif.
Je sais que cela fait du 7km/h en moyenne.
Je sais qu’il y aura essentiellement du macadam.
Je sais que je n’aime pas le macadam.
Je sais que ma plus grande course, c’est le trail du HK, 25km et 900m de dénivelé positif, en forêt.
Je sais que ça va être intéressant.
J’arrête de savoir.
Je cours.

Courir, c’est comme la méditation Zen.

Du corps à la respiration, et de la respiration au corps. Et puis, les mouvements de l’esprit : check-up / observation / lâcher-prise.
Pose du pied, alignement, petite foulée, bascule du corps, mouvement des bras, mains ouvertes et détendues, épaules relâchées, regards, nuque. Okay.
Respiration. Prendre l’air par le nez, le lâcher. Puis-je prendre l’air par le nez ? Non, je ralentis alors. Relâcher l’air sans effort ? Profondément ? Non, je n’expire pas, moi. Je lâche l’air, je l’encourage à sortir. Ma date limite n’est pas encore atteinte, je n’expire pas.
Le corps et la foulée se déroulent, je suis happy. Je laisse les pensées vagabonder, mon esprit allant d’un sujet à l’autre, sans trop d’attache. Temps idéal finalement.
C’est facile, finalement, un marathon.

M.Mih marathon en escadrille de Colmar 2017
Les seuls 200 mètres sans macadam…

 

Je vous avais parlé des supporters déchaînés. Et bien, les voilà. Cela ne fait que quelques kilomètres que le peloton tourne dans Colmar, et voilà qu’un hipster cheveux longs, barbe et ukulélé me fonce dessus, accompagné de quelques autres énergumènes que je ne puis décrire ici, parce que, là, en fait, je suis en train de courir. Quand je pense que certains courent avec de la musique. Moi, c’est la musique qui court avec moi sur quelques dizaines de mètres ! Avec de tels amis, je ne peux que réussir (et susciter rires et chansons…). Parfait, je vous l’ai dit !

Je dois surfer entre 10 et 12 km à l’heure. Et à part les trop nombreuses remarques des spectateurs incultes sur mes sandales (non, ce ne sont pas des tongs, non, ce n’est pas un pari), tout se passe bien. Comme prévu, j’ai envie de dire.

Si je continue comme ça, je boucle le marathon en 4h. Qui l’eut cru ?

Je quitte Colmar pour Eguisheim. Je laisse mes amis bi-z’arts (coureur et musicien !) pour profiter du vignoble alsacien. Je devrai être « seul » pendant le reste du semi-marathon maintenant, jusqu’à ce que je récupère Plouis au 21ème km, la circulation étant trop compliqué pour que le reste de l’équipe me poursuive. Bien. J’apprécie cette solitude. Enfin… il y a toujours quelques personnes qui s’étonnent de mes chaussures. Ça fait partie du folklore. N’empêche, en trail, les arbres ne font pas de remarques sur mes chaussures, et sont bien plus silencieux. Juste parfois un peu de vent entre les feuilles.

Petites discussions avec des coureurs moins ignares que d’autres en matière de sandales de course. L’un d’entre d’eux compatit : tant de « vent » agite les « arbres » au passage de mes sandales. Certains se délient les jambes en courant à mes cotés, d’autres la langue en restant au bord de la route. À chacun ses muscles préférés !

Mais voilà qu’un arbre cache la forêt. Qui est donc là, au bord de la route ? Senseï !
Mon enseignant d’Aïkido, quelle surprise ! Il court quelques centaines de mètres à mes cotés, mains dans les poches et chapeau sur la tête. J’arrête mon Run-Zen immédiatement. Je continue de courir, bien sûr, mais un élément perturbateur m’a fait quitter la dimension Zen. Petit Scarabée a encore beaucoup à apprendre pour ne pas se laisser distraire par le maître imprévisible. Tu trouves que c’est cliché ? Alors, en voilà un :

M.Mih et son senseï d'Aïkido en plein Run-Zen
Oui, le type sans dossard au chapeau…

 

Un quart de course effectué. Forme au top, motivation, le macadam n’est pas trop dur pour mon âme de macaque (en sandale). Franchement, je peux le faire, non ?

Semi-marathon, retour à Colmar, je dois récupérer mon équipier, Plouis, quelque part sur le chemin. Beaucoup de monde, un mec dit des numéros au micro, moi, je suis là pour courir, je cours. Et puis, mine de rien, un semi-marathon dans les mollets, c’est présent. J’ai un adducteur au niveau de la cuisse gauche qui aime me soutenir. Du genre, le supporter trop présent, à la limite un peu lourdingue. Allez, suffit de faire une boucle de l’autre coté, et c’est réglé.

Bon, il est où mon compagnon ?

C’est bien beau de faire le singe pour m’encourager à l’entrée de Colmar, mais là, je quitte le centre-ville, et toujours pas de deuxième membre de l’escadrille Instant 249

Un joyeux couple de coureurs me dépasse, je regarde les dossards. Saperlipopette ! C’est une escadrille (et je suis toujours seul, moi). Je m’arrête. Vite, vite, vite, l’énergie doit remonter des jambes vers le cerveau. Qu’est-ce que je fais ?

Courir et m’en badigeonner le nombril avec de la mayonnaise de mon équipier qui n’est pas parti du bon pied ?

Aller à contre-sens et à contre-cœur pour retrouver le Plouis au lieu de rendez-vous raté, à environ 500 mètres ?

Parler à cette belle bénévole en gilet orange, certainement en possession d’un téléphone ?

Le cœur, le corps et le bon sens me font parler à cette humaine non-coureuse. Voilà que je cours après une fille pour pouvoir à nouveau courir. Les doigts suants, je compose le numéro de la troisième membre de l’escadrille, qui doit être avec le reste de la troupe, dont le Plouis.
Premier appel. Numéro non attribué. Pas assez d’énergie dans le cerveau. Sprint pour retrouver les bons chiffres. Depuis quand un numéro a 12 chiffres ? M.Mih, hé ho!

C’est bon. Ça sonne, ça décroche. Beaucoup de bruit. Je veux mon Plouis ! On me l’envoie. Alléluia !

C’est une flèche bleue qui court vers moi, au bout de quelques minutes. C’est beau, l’énergie de la jeunesse. Bon pied, bon œil, il est en forme, et je le vois de loin. Cool.
Après tout, ce n’était qu’une interruption d’une dizaine de minute, je peux retourner à ma méditati…

Mais qu’est-ce que ?

Est-ce le flow de paroles du Schtroumpf, qui joue et se joue de la course, embrassant bénévoles, faisant caracole, troubadour riche en tours ? Mes jambes sont lourdes, je n’arpente plus le macadam en rythme. Mon adducteur-supporter redouble d’effort pour faire la fête avec nous, faisant fi de mes difficultés naissantes. Qu’est-ce qu’il peut être rigide, des fois, celui-là…

Et qu’est-ce qu’ils me cassent les pieds les autres, avec mes tongs ! Plouis en rigole, allant du second degré à la provocation. Je suis sûr qu’il est jaloux dans le fond, que personne ne remarque ses Five Fingers (chaussures à orteils !). Je laisse Plouis être dans son monde, et m’enferme dans ma bulle. Ce n’est qu’un moment désagréable à passer, M.Mih va revenir en pleine forme bientôt.

Non. M.Mih ne reviendra pas en pleine forme. Nous sommes au 25ème km. C’est pour moi la fin de la course.
Je souris juste pour la photo. Ce sont les seuls moments où j’ai encore de l’énergie : quand je peux faire une blague, sortir une bêtise. Mauvaise influence de Plouis ?

M.Mih au Marathon de Colmar, avec Plouis en escadrilleM.Mih et Plouis au Marathon de Colmar 2017M.Mih et Plouis, marathon en escadrille de Colmar 2017

Avoir réalisé le semi-marathon en moins de 2h, et abandonner là d’un seul coup ? Qu’importe, je m’en fiche. Avancer, jusqu’où ? Je n’ai pas d’autre but que de vivre chaque moment. Les coureurs nous dépassent, mon clown-compagnon reste positif. Il est même prêt à me porter pour continuer.

Jamais !

Je préfère arrêter que de vivre à travers quelqu’un d’autre. Surtout à travers lui ! Non, mais il croit quoi ? Il est peut-être pompier maintenant, mais je préfère périr que de me faire servir !

Rapidement, il n’y a plus que les estropiés autour de nous. Des coureurs arrêtés sur le bas-côté, des boiteurs et autres misérables. Je tente de marcher. Cela est plus douloureux. Mais c’est mentalement moins usant. J’alterne. Je cours cinq minutes, je marche pendant une minutes. Non. Je cours une minute, je marche une minute. Je cours… plus vraiment. On dépasse une équipe dont le marathonien (qui ne le sera peut-être pas aujourd’hui) à une crampe. Il nous assure que ça va aller, ça va passer. Ah, ça peut passer ? Bonne nouvelle. Plus tard, il nous dépassera. Ce sera passé. Pas pour moi.

Marcher, essayer de courir, marcher. Marre de marcher, marre de courir. Je continue. Je dépasse le 30ème km. Un coin kiné est installé. S’arrêter pour pouvoir mieux repartir ? Non. Si un kiné me touche, c’est la fin. Non. Je continue. Tant que je reste lucide, je continue. Quand je ne serai plus lucide, ça s’arrêtera tout seul.

J’éprouve une certaine félicité, un certain contentement intérieur dans ce moment là.

Je suis encore lucide. Lucidité sans choix. Il n’y a pas à remuer les méninges. Juste avancer. Je dois faire partie des derniers, mais je continue. Même la fanfare dans le vignoble continue de jouer. Je ne dois pas m’arrêter.

C’est fatiguant d’être heureux. Heureux. Le suis-je vraiment ? Ou est-ce qu’une projection à postériori ? Au diable le monde entier.

Je ne peux pas m’arrêter avant le 32ème km, de toute manière. Là, il y a Framagirl, la troisième membre de l’escadrille. Elle n’a même pas encore couru. Si elle est encore là… Par rapport à mon très bon temps sur la première moitié du parcours, le fan-club doit s’être inquiété. Peux-être sont-ils partis à l’arrivée, ayant eu peur de nous avoir loupés ?

Pas penser. Pas penser. Arrête de penser si ça ne te rends pas meilleur. Là, j’aimerais juste être moins pire. Être plus mieux. Un truc comme ça, quoi.

Même les pom-pom girls nous proposant de courir avec nous n’arrivent pas à me relancer. Je ferai le reste en marchant, boitant de manière à ne pas réveiller mon adducteur. Marcher, juste marcher. Je sais faire, je l’ai appris il y a longtemps.

Un hipster tranquille vient à notre rencontre. Plouis est en manque de blagues, plus personne à taquiner, et je ne suis qu’un mur de silence. Le hipster a un ukulélé. C’est le 32ème km. Les amis sont là.

Oui.
Non.
Il reste encore 10km.

Une phrase courte. Je rassure les amis. Juste une phrase. Mon corps dit le reste.

Nous sommes maintenant trois pour affronter la suite. Trois ? À la vitesse où je clopine, c’est tout le fan-club qui avance avec nous. Ça me fait chaud au cœur, mais juste au cœur. Le reste du corps continue d’être un râle ambulant. Mon regard reste fixe, je ne veux pas me déconcentrer du but : juste un pas. Et encore un. Je peux les compter, jusqu’à cinquante, je recommence. J’arrête. Jusqu’à deux. Les caler avec ma respiration. Penser à mon départ dans une semaine. Je dois être en état. Je dois être. Je n’en peux plus.

Nous avons fait deux kilomètres…

Je m’arrête, je me couche. Quelques mouvements, je tente de communiquer avec mes muscles, de leur demander un peu de longueur, laissez-moi finir, s’il vous plait, je lâche l’air, je ne veux pas expirer…

Je me relève. Ça marche. Je peux repartir. Je cours… cinquante mètres. Je me couche, je leur parle. Je marche. Je cours. Je me couche. Je marche. Ça marche un peu, ça court encore moins, ça se couche. Je finirai à ce rythme-là, ça me va, dans la solitude, loin des autres coureurs, au sein des miens.

Il s’appelle Paul. Il a 70ans. Son trip, c’est d’emmener des gens dans les volcans. Alors, il doit rester en forme, il fait des marathons. Je tente de courir avec lui, il veut finir avec moi, pour la beauté de l’écart d’âge. Je clopine rapidement (c’est légèrement plus réaliste que de parler de courir). Il était ingénieur, enfin, un sorte de géo-trouve-tout. Je tente de suivre son discours, et tente surtout de le suivre. Désolé Paul, il n’y aura pas de beauté d’écart d’âge, juste un écart qui continue de se creuser. Vas-y. Oui, oui, on boira une bière à l’arrivée… Si il n’y a pas de mise en bière jusqu’à là.

Je suis à nouveau seul. Toute l’escadrille et les amis me soutiennent en me laissant dans ma bulle. Je peaufine mes mécanismes mentaux pour continuer à avancer. Une seule inquiétude réelle : la barrière horaire. 6h pour le tout. 6h.
J’ai fait le semi-marathon en 1h58 et récupéré Plouis.
J’ai retrouvé Framagirl au bout de 4h depuis le départ…

En gros, j’ai fait 10km en 2h…. Le temps continue de défiler, nous laissant à notre rythme qui n’est pas vraiment celui prévu par l’organisateur…

Je jette de plus en plus souvent un regard en arrière. Où est la voiture-balai ?
Nous arrivons au ravitaillement du 35km. Ils sont loin les festins des autres ravitaillements. Une petite table, avec juste trois gobelets. Pas de doute, nous devons être les derniers. Non. Un bruit de moteur, on se retourne. C’est la voiture-balai, précédée des cyclistes, qui suivent un malheureux marathonien, prêts à le bouffer au moindre faux-pas,  au moindre signe de faiblesse mentale, au moindre mot : j’en ai marre, j’arrête.

Je repars. Ce n’est pas possible. Je vois Colmar au loin. Il reste un peu moins de 7km. Je veux me retourner, savoir où est la menace, mais je suis tel Orphée dans sa remontée des enfers. Si je me retourne, je perds et mes amis, et la course. Je n’aurai qu’à m’asseoir dans la voiture-balai, et à gagner l’arrivée en perdant.

Le dernier rempart tombe. La voiture vient à notre niveau, pour prendre la température, avant de ramener le non-marathonien. Non, il ne fera pas un voyage groupé. Je continue. Il semble hésitant, il nous laisse continuer. La voiture disparaît. Les cyclistes se positionnent derrière nous.

– On peut les ramasser, non ? Ils ne peuvent plus arriver à temps de toute manière.
– Peut-être que si…

C’est maintenant clairement une menace. Au moindre signe de faiblesse, ils nous ramassent. Ils sont là pour nous motiver, nous parlent, mais j’en ai rien à faire. Ils n’y croient pas. Je dois y arriver. Il doit rester 5km. On peut le faire. Juste un pas après l’autre. Avec une jambe rigide. Mais un mental d’acier. Les larmes sont là, mais elles attendent le signal. Elles veulent attendre l’arrivée pour se libérer. Je leur promets que oui, elles pourront faire la fête avec tout le monde à l’arrivée. Nous sommes tous ensemble. Toutes les parties de mon corps cherchent une cohérence, une unicité pour avancer. Juste un pas. Un pas.

Je cours. Pas au sens mécanique du terme, bien sûr. On ne court pas avec une jambe raide. Un pirate avec une jambe de bois ne peut pas courir. Cependant, je cours, au niveau de la vitesse et de mes appuis. Je cours. On rentre dans Colmar. Un quad nous suit et ramasse chaque barrière. Nous sommes vraiment les derniers. Les derniers. On cours. Je suis encore lucide, j’avance. Les vélos, bien en ligne derrière nous, ne nous laissent aucune marge. Si on accélère, ils accélèrent. Je ne lâcherai pas. Mais il y a tellement de muscles dans mon corps, cerveau compris, que je ne sais pas si j’ai la majorité absolue. Je reconnais les bâtiments, le chemin.

Surtout, ne pas relâcher la pression. Le chemin est toujours plus long quand on est pressé. Ce n’est pas pour rien que je cours : je suis pressé.

Il reste 15 minutes avant la fin.
Vite.
10 minutes.
Ça peut le faire.
Mais sans moi.
Je ne peux plus continuer.
Je pose une main sur l’épaule de Plouis.
Je pose une main sur l’épaule de Framagirl.
Ils ralentissent, croyant que je souhaite ralentir.
Je lâche un râle :

Plus vite… PLUS VITE

Il reste 5 minutes avant la fin officielle. Je me sens voler, réellement et physiquement épaulé par mes deux compagnons. Mes deux coéquipiers. Je ferme les yeux et continue d’accélérer.

Plus que 4 minutes. J’ouvre les yeux, j’aperçois l’arrivée. Les bénévoles forment une haie d’honneur. Je lâche mes amis, pousse un cri et cours le plus vite possible… Du visage de souffrance au visage de joie, je traverse l’arrivée…

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C’est bon. Je l’ai fait ! 5h56 et 34 secondes… Juste avant les 6h.

Je me laisse tomber par terre, la tête entre les bras, et pleure. Je célèbre l’arrivée tout seul, entre mes bras, avec mes larmes. On me met une couverture de survie, je remercie et rassure, et profite d’être encore un peu dans ma bulle, d’être avec moi. J’ai réussi, grâce à mon corps, à mon esprit, à mes amis, à ma famille. Pendant un quart d’heure, je resterai là, avec mes larmes et mon bonheur d’être là, maintenant. Je suis heureux. Autant que pendant la course.

Aujourd’hui, je finis la rédaction de cet épisode si particulier. Il n’y a rien d’exceptionnel, et pourtant, c’est dans ces moments là que j’ai l’impression d’habiter le moment présent. Peut-être pas encore totalement, pas pleinement. Mais je m’en approche.

Merci à l’univers d’exister, aux amis, à la famille, à l’organisation du Marathon de Colmar, aux êtres humains d’avoir deux pieds et une si belle bio-mécanique.

Maintenant, je me tourne vers la prochaine aventure : Objectif Uchi-Deshi.

Si tu viens de finir ce marathon littéraire, félicitations !
N’hésite pas à laisser un commentaire ici (plutôt que sur Facebook ! ), et si le ton te plaît, tu peux t’inscrire à la lettre de M.Mih en bas de cette page.

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52 pensées sur “Il était une fois la dernière escadrille…

  • 22 septembre 2017 à 6 h 08 min
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    haha récit émouvant avec une belle touche d’humour, je me demandais il n’y a pas de frottement avec les sandales entre les orteils ? Arriver premier c’est beau, arriver dernier l’est encore plus, trouver la motivation de continuer sans les foulées des autres coureurs, laisser la tête prendre le dessus ( enfin quand cette dernière ne se la joue pas garce en disant ohhh allez arrête ce n’est pas si grave de ne pas le finir, c’est déjà bien tous ces kilomètres parcourus…) et mettre le corps en sourdine, bref la haie d’honneur à l’arrivée est plus que méritée, bravo le marathonien et les copains venus courir avec toi !

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    • 22 septembre 2017 à 8 h 59 min
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      Merci pour ton commentaire Fadila !
      C’est souvent une crainte qui revient quand on me voit courir, cette histoire de frottement entre le premier et le deuxième orteil dû à la lanière.
      Je n’ai jamais eu ce problème. Quand je courrais avec un modèle plus traditionnel de sandale, la lanière avait la taille d’un lacet, il y avait un petit frottement, mais je ne le remarquais qu’au bout d’un moment de course. La peau se renforcait avant que ce soit embêtant.
      Sur le modèle que j’ai actuellement, la lanière est plus épaisse, et je pense que cela peut convenir à tout le monde, ou presque.

      Après, j’ai commencé réellement la course avec des Five Fingers (chaussures à orteils). Je n’ai participé qu’à trois courses organisées pour le moment (deux trails, l’un de 13km, l’autre de 25km) et à ce marathon là. Je n’ai pas eu de transition à gérer entre des chaussures classiques et les minimalistes.
      De plus, dès le début, la biomécanique m’intéresse pour savoir quelle serait la bonne façon de courir, en prenant en compte toute l’organisation du corps, au moins pour moi 😉

      Encore merci pour ton commentaire 🙂

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  • 21 septembre 2017 à 23 h 11 min
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    Et ouiais, y a du beau vécu dans tout cela et du moment présent désormais rétrogradé au rang de souvenirs. Mais de superbe instant vibrant aussi vibratoire que la Vie elle même. Merci pour ce partage de ta Vie qui donne à la Souffrance ces lettres de noblesse.

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 26 min
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      Merci pour ce commentaire, homme au chapeau… 😀

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  • 21 septembre 2017 à 22 h 53 min
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    Super résumé avec l’humour qui va avec, malgré la souffrance…
    Mais c’est quoi ces fameuses  » tongs « ?…

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 23 min
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      Inspirées d’une tribu mexicaine, les Tarahumaras, dont leur grande passion, c’est de… courir ! À longueur de journée. Ils ont été popularisés par le livre « Born to Run » écrit par Christopher McDougall.
      Bon, j’ai expérimenté plusieurs chaussures et sandales, pour l’instant, je me suis arrêté là-dessus : https://fr.lunasandals.de/products/luna-mono-2-0
      Oui, ça coute le prix de bonnes chaussures… Pour l’instant, je n’ai pas trouvé mieux.
      Merci pour ton commentaire !

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  • 21 septembre 2017 à 22 h 18 min
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    Belle histoire!! J’ai fait un marathon en 5h55… je reconnais bien ce que tu as vécu, qu’ils ont été dur ces 12 derniers km. Bravo à toi.

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 36 min
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      Mais oui, nous sommes dingues. Courir un marathon en 3h, fastoche ! C’est courir pendant presque 6h qui est totalement dingue !!
      Merci à toi !

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  • 21 septembre 2017 à 22 h 05 min
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    Je viens de lire ton marathon, j’ai adoré. Quel mental👍. Encore bravo à toi👏

    Répondre
    • 21 septembre 2017 à 23 h 39 min
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      Merci pour ton commentaire. C’est chouette d’avoir encore des gens qui commentent directement sur les sites, et pas que sur Facebook 😉

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  • 21 septembre 2017 à 22 h 00 min
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    Merciiiiii !!! Je n’écris pas aussi bien alors merciiiii. Magnifique récit !!

    Répondre
    • 21 septembre 2017 à 23 h 42 min
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      Merciiiiiii à toi pour le commentaire !
      Écrire, c’est un plaisir (et des neurones qui chauffent). Être lu, c’est juste… trop bien !

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  • 21 septembre 2017 à 22 h 00 min
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    Merci pour ce témoignage plein de rebondissements. Ce qui me fait plaisir dans t’es écrits, c’est surtout les lieux et l’ambiance que tu peignes. A un certain moment je me suis demandé est ce que j’étais pas derrière vous, souffrant, le cerveau me demandant d’arrêter. J’ai parcouru mon marathon en 4h50 habituellement je le faisais en 3h45.Il y a une telle vérité, un tel sens que finalement votre propre souffrance est la mienne.Cette souffrance qui refuse la capitulation forme finalement une famille d’êtres qui se rendent compte l’Homme ne maîtrise pas tout. Nous sommes face a nous-mêmes, personne ne peut nous venir en aide, hormis la voiture-balai gratuite dont personne n’aimerait ou ne souhaiterait mettre pied car synonyme de défaite. Il y a des étapes qui resteront gravées dans ma mémoire : kilometre 27 ou à 200m il y a un kiné. L’idée m’est venue d’aller en profiter, mais le mental m’a dicté le contraire, et c’était mieux d’ailleurs. Les kilometre 30 et 35 marquaient mon agonie voire mon passage au trépas. Dans des moments où vous êtes face à vous – mêmes, il faut savoir puiser dans les limbes de son mental pour éviter la capitulation : j’ai pensé à les enfants, aux amis qui m’attendent à l’arrivée. Non! Il n’est pas question que je les couvre de honte, personne ne me verra dans cette voiture balai qui roulait au pas à la recherche d’un client mal en point. Je refuse la défaite.Pire encore, je ne réduirai pas au néant le travail de toute année. Encore un pas, deux kilomètres, un repos, puis un ravitaillement ponctué d’un encouragement d’une dame au micro au kilometre 39. Vas y! N’abandonne pas maintenant. Je traverse un pont en débouchant sur une pancarte marquant kilometre 40. Encore deux kilomètres et c’est la délivrance. Allez! AMADOU ! Allez MAMADOU disaient certains car ils lisaient mal mon dossard.Tel un sourd ayant retrouvé l’ouïe, j’entendis le micro de Pascal .Encore 800m, 200m les crampes commençaient. C’est pas le moment mes jambes, ne me faites pas ça ! Encore 50m et voilà le tapis rouge sous les applaudissements des athlètes spectateurs. Ouf! Je n’aurais jamais apprécié les êtres et les choses si je n’avais pas bouclé un Marathon. Vivement la prochaine souffrance !

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 16 min
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      Donnant-donnant ! Un récit contre un récit !
      Merci pour le partage !
      Merci Amadou !

      Répondre
  • 21 septembre 2017 à 21 h 10 min
    Permalink

    Nous avons fait parti des incultes à penser que c’était des tongs …et nous vous avons suivi quelques kilomètres (nous étions les voitures balais non officielles) pour récupérer nos enfants qui couraient avec notre ami … bravo pour ce dépassement de soi et ce beau texte

    Répondre
    • 21 septembre 2017 à 23 h 14 min
      Permalink

      Ah, c’était vous, les enfants ? Ça m’a beaucoup motivé, le groupe de coureurs avec les enfants. C’était vraiment chouette, merci pour la présence des enfants !
      Tellement de choses lors de ce marathon ! Tout ne pouvait pas rentrer dans ce récit…
      Merci pour ton commentaire…

      Répondre
  • 21 septembre 2017 à 20 h 52 min
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    Magnifique récit, on ressent ta souffrance, c’est vraiment très fort!!Bravo

    Répondre
    • 21 septembre 2017 à 23 h 12 min
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      Ce qui est très fort, c’est d’avoir lu jusqu’au bout ! Merci !
      Je ne sais pas quel terme correspond… Souffrance ? Peux-être. Peux-être pas.
      Merci Tortue68 😉

      Répondre
  • 21 septembre 2017 à 20 h 41 min
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    Un seul mot,non deux finalement : BRAVO et MAGNIFIQUE en définitive trois…. MERCI 😊

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 10 min
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      Un, deux, trois : partez !
      Merci pour ton commentaire, c’est enthousiasmant !

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  • 21 septembre 2017 à 20 h 13 min
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    Récit dévoré… Très très agréable prose et belle aventure même si on ne vous suit pas tout le temps…
    Bravo et merci pour ce moment de grâce…

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 07 min
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      N’hésite pas à me dire les passages peu clair. La clarté dans l’écriture est mon grand défi !
      Merci pour ton commentaire 🙂

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  • 21 septembre 2017 à 20 h 06 min
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    Quel mental 🎉 C’est magique d’être entouré et d’être finisher 💖 Bravo 🎉 Et merci pour le partage 😀 Bonne récup 😉

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    • 21 septembre 2017 à 23 h 05 min
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      Oui, c’est une bonne idée l’escadrille 🙂
      Merci pour ton commentaire !

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  • 21 septembre 2017 à 19 h 25 min
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    Très chouette récit! Un marathon que tu gardera gravé en toi! Mes félicitations marathonien!

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    • 21 septembre 2017 à 19 h 29 min
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      Merci beaucoup… Je voulais me risquer au récit de course. Content que ça t’ait plus !

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  • 21 septembre 2017 à 18 h 46 min
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    Le temps est le père de la vérité. .victor Hugo

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    • 21 septembre 2017 à 18 h 56 min
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      Un père éternellement jeune, encore, déjà et toujours !

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  • 21 septembre 2017 à 17 h 58 min
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    Bravo.
    Un mental d’ acier qui te permettra d’affronter les mois à venir à todo santos.

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    • 21 septembre 2017 à 18 h 07 min
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      Merci Marion…

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