Préambule : Mise en perspective

Au début de l’écriture d’un article, je ne sais pas encore où il va m’emmener.

Où je souhaite t’emmener.

Tant de choses à dire, et dans un même temps, tout me semble si cohérent, si logique, que j’en arrive à la conclusion : à quoi bon dire des banalités ?

Et du coup, je me tais.

À quoi bon dire ce que tout le monde sait déjà ? On peut savoir sans adhérer.

Là est mon erreur.

Car je tiens pour acquis ce que je crois que les autres savent sur moi.

Je me retrouve tout étonné le jour où je mesure la différence entre l’image que j’ai de moi, et l’image que les autres ont de moi. Je crois que je suis un être sans mystère pour mon entourage, que mes traits de caractère, mes idéaux et mes convictions ne sont une surprise pour personne.

 

Cependant, ils ne peuvent pas avoir une image fidèle de ce que je suis, si je ne laisse rien paraître, gardant (par peur ? par timidité ? par pudeur ?) pour moi ce qui me semble couler de source.

Pour simplifier :

Nouveau concept / idée -> Apprivoisement (ou rejet) -> Incorporation au sein de ma vision -> il me devient familier -> Pourquoi ne l’ai-je pas compris plus tôt ? Cela tombe sous le sens, le reste de l’univers doit déjà l’avoir compris.

Je me livre ici, sur ce site, à expliquer ce qui constitue mes choix et mon mode de vie. J’espère que vous trouverez matière à réfléchir, et même, encore mieux à agir. Si je faillis à ces deux missions, j’aurai au moins réussi à clarifier, ne fut-ce qu’un temps, à ce moment précis, ma pensée.

Tout est mouvement. Les mots ne peuvent que photographier la réalité et non la filmer, la capter comme le ferait une caméra. La réalité se retrouve figée.

Considérez toujours que mes écrits sont dépassés, et que seul mes actions me reflètent.

Réfléchir, c’est fléchir deux fois.
Alain Damasio

C’est l’histoire du Petit Prince et du Renard. Le Renard est cette connaissance extérieure, inconnue (et peut-être même inquiétante, désagréable). Je dois d’abord apprivoiser l’intrus, ce perturbateur de la représentation du monde que j’ai construit jusqu’à présent.

Si le savoir est une arme, elle est dirigée avant tout vers moi-même, c’est avant tout une menace pour mon propre confort. Repenser les choses, c’est se dépenser.

Mais se mortifier dans sa pensée devenue immobile – se satisfaire de ce qu’on sait déjà – c’est remplacer le fait de penser par l’obligation sournoise de panser son être, ses blessures telles que l’auto-satisfaction, la prétention, la médiocrité, la mesquinerie, et tout ce qui nous fait être de plus en plus petit tout en se sentant élevé.

Si penser n’est pas l’origine de l’existence (n’en déplaise à René Descartes « Je pense donc je suis »), ne plus penser mène à la fermeture (d’esprit), à l’arrêt, à une mort, qui, si elle n’est pas physique, est bien présente intellectuellement.

On finit par abaisser les autres pour se sentir plus grand.

Il est passé où le Renard ? Il est toujours là.

Il est indispensable. Je dois apprivoiser le Renard. Le Renard, ou un autre animal. Une araignée, un lézard, une sauterelle. Un lion. Quelque chose qui menace mon con-fort. Mon con-forteresse, dirait Alain Damasio.

Bon, et alors, cette bestiole, métaphore du savoir qui te dérange ?

Une fois que nous nous sommes apprivoisés, l’impression d’étrangeté disparaît. Et voilà que j’en viens à nier le fait même qu’elle ait pu exister à un moment donné. C’est si… évident ?

Si je ne le savais pas avant, c’est que je n’étais pas prêt à me familiariser avec ce nouvel animal. Mais maintenant, c’est devenu naturel.

Et j’extrapole à autrui.

Autrui qui doit sûrement avoir fait tout ce taff, bien avant moi.

Voilà donc le pourquoi de mes écrits, pourquoi je tiens ce blog, afin de clarifier mes espiègles évidences intérieures. Limpide, n’est-ce pas ?

Et en dernier lieu, et non des moindres, mes écrits ne cherchent ni à persuader, ni à convaincre.

Je prône le dissensus. Le consensus, c’est « on n’a pas la même vision MAIS on avance ». Le dissensus, c’est : « on n’a pas la même vision ET on avance ». Le consensus, c’est chacun qui fait des compromis. Pouah !

Toute la beauté du vivre ensemble est de ne pas être d’accord. Et c’est une chance, de ne pas être d’accord ET de vivre ensemble. Le dissensus, on reste entier et on bénéficie des autres. Tout un défi pour les anars et autres personnes passionnées !

Comme Montaigne, je me dédouane avant même d’écrire. Prendre du recul pour mieux sauter. Mise au point pour garder l’esprit et la main ouverts.

Merci d’avoir lu 😉

 

Au lecteur de Montaigne
Michel de Montaigne, les Essais, XVIème siècle
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Une pensée sur “Préambule : Mise en perspective

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