Vivre avec un Mort : Prologue

Vivre avec un mort

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Vie : nom féminin. Chemin qui mène du cercle vicieux au cercle vertueux.

Prologue

 

Je ne vous oblige pas à me croire.

Moi-même, je me crois de moins en moins. C’est pour ça que j’écris. J’écris de peur que bientôt, car mon esprit est tristement rationnel, je renie toute cette histoire. J’ai arpenté bien des lieux, bien des époques. J’ai connu, ou crois avoir connu, nombre de personnes. J’ai aussi, et là est mon désarroi, arpenter des mondes différents, des univers différents. Différents du vôtre, différents du mien. Ce que je veux vous partager, je ne l’ai pas vécu. Je l’ai arpenté. À travers les yeux de la Mort elle-même. La faucheuse est devenue mon amie, pendant un temps.

Le temps de suivre l’existence de trois cercles distincts, trois cercles farouches, résolus à se battre de tous leurs traits, à affronter démons, courbes, implosion, explosions, angles obtus…

Trois destinées destituées…

Trois chemins.

Trois êtres.

Lewella, Jullino, Plouis.

Dans ce monde qu’est le leur, chaque personne possède un cercle. Son cercle. Je ne vais pas prologuer sur le sujet. Car vous allez vivre leurs vies, marcher dans leurs pas, arpenter leurs chemins. Oubliez toute dualité. La Mort est féminine. La Vie aussi.

Si d’aventure, nous nous retrouvons à nouveau, ne me tenez pas rigueur si vos propos me semblent incohérents. Je dois sans cesse me vider pour continuer à arpenter. Noircir le pas-pied est nécessaire pour que mes pieds puissent encore jouer leur rôle. Question d’équilibre. Si je transmets ce que j’ai vécu, je peux partir. Si je ne le fais pas, je suis prisonnier de mon existence. Écrire est mon Salut !

L’Arpenteur

 

La Vie ne tient pas à un fil.C’est une corde. En acier. Solide. Vraiment. Vous pouvez essayer. Elle ne cassera pas. Je connais mon sujet. Je suis la Mort. Je n’ai pas de faux pour briser vos vies. C’est une erreur d’interprétation. Il faut bien trouver du sens. Traduire, c’est trahir. Interpréter, c’est partager le sens d’un autre concept. Le prêter.

Ainsi, je vous entends rire grassement de la Mort : Quelle sotte, elle a besoin d’une énorme faux pour un bête fil. Même moi, je peux tuer juste avec mes mains. Offrons-lui un coupe-ongle ! Pauvre mortel… Je n’utilise pas de faux. Il me suffit d’un souffle pour prendre le vôtre. Un simple souffle. Un peu d’air contre une corde. C’est bien vous qui abattez tout le travail. Avec une régularité que j’envie.

Pensez-vous vraiment que je puisse avoir le temps, aux ciseaux ou à la faux, de trancher tellement de fils ? Non, bien sûr que non. Je ne fais que souffler. Les cordes rouillées, trop rouillées lâchent. Simplement. Je souffle, vous expirez.

Alors, d’où vient cette erreur d’interprétation ? Pourquoi une faux ? Je vais ici vous révéler ce dont aucun vivant n’a eu connaissance. Je vais le dire, et je sais que profondément, cela ne changera rien pour vous. Pour quatre-vingt-quinze pour cent d’entre vous. Mettre des chiffres est une méthode que je vous ai prise. Vous accordez plus d’importance s’il y a des chiffres dans une phrase. C’est idiot, je le sais. C’est idiot, c’est à vous. Je m’adapte.

Ne m’en voulez pas, quatre-vingt-onze pour cent d’entre vous accordent plus d’importance à une phrase s’il y a un pourcentage. Si je voulais vraiment que vous me compreniez, je m’abaisserais à chiffrer les concepts essentiels de la Vie et de moi-même. À faire des schémas, des diagrammes. À présenter des témoignages, des études de cas. Mettre une bibliographie, une liste d’universités, recommandé par…

Mais si je le faisais, je vous gagnerais, vous les quatre-vingt-quinze pour cent, et je perdrais les cinq pour cent. Or, c’est eux qui m’intéressent. Ces cinq pour cent qui comprendront cette erreur d’interprétation.

Ces cinq pour cent qui ont toujours été là, depuis le début de l’humanité, se passant le flambeau de la vivance à travers les générations, les siècles, les époques et les crises. C’est eux qui ont fait le monde, qui font le monde, et qui le feront. Ceux-là peuvent saisir la subtilité de mes mots. Point besoin de manipulation, de chiffres. Je n’ai pas besoin de les goinfrer d’informations. Point de singes savants. Pas de porcs recevant les octets sans une once de lucidité, téléchargeant tout et n’importe quoi. Vous voyez, moi aussi, je peux être moderne, parler le langage de votre monde et de votre époque. Mais les cinq pour cent ne se laissent pas berner. Ça fait longtemps qu’ils ont perçu que la réclame est partout, que la réclame réclame leur âme. Leur cercle n’est pas vicieux. Pas eux. Parfois obtus, oui. C’est l’expérience qui s’ancre profondément, qui les marques à jamais.

Alors oui, ils ne sont pas forcément très beaux, certains sont bien intégrés, d’autres sont des rebelles dans le maquis, dans la forêt. Mais tous permettent à l’humanité de ne pas sombrer, de ne pas se rompre au moindre souffle. À mon souffle. Ces cinq pour cent là comprendront. Les autres liront ce livre, passeront peut-être un bon moment, et puis liront un autre livre. Et c’est tout. Je ne m’adresse pas à eux.

Ce livre changera votre vie, si vous n’êtes ni singe, ni porc, ni mouton. Si vous êtes un des cinq pour cent. Ayez la manise dessus.

Je n’ai jamais eu de faux pour accompagner mon souffle. Ce n’est pas la faux qui vous prive de votre vie. C’est le faux qui rouille votre corde. C’est le faux qui grippe votre cercle. Quand tout grince, je ne fais que de vous octroyer la bouffée d’air que vous n’avez pas su prendre. Suivez donc Plouis, Lewella et Jullino. Leurs malheurs apparents pourraient devenir votre bonheur éclatant. Pour cinq pour cent d’entre vous.

La Mort

 

Je ne pensais pas qu’elle nous accompagnerait. Elle est venue tout de même. J’avoue être déstabilisé. En tant qu’auteur, j’ai un rôle de transmission.

J’honore ma tâche aussi bien que possible, humblement. Je ne suis pas un grand écrivain, je me limite à décrire. Je suis un schéma très simple : vivre puis décrire. Et vivre à nouveau. Décrire. Et la vie continue. J’ignore quel éclairage la Mort peut apporter à mes écrits. À ce livre. Mais on ne refuse pas à la Mort d’entrer. Sans plier l’échine, on l’invite. Elle a tant à nous apprendre. Tant à nous prendre aussi.

Elle est là. Elle m’a appris toute cette histoire. Occulairement arpenter. Et vous connaissez les orbites de la Mort, il y a toujours de la place pour un arpenteur. Je pensais avoir tout reçu. Vivre puis décrire. Ce n’est pas son avis. Elle est là. C’est donc un livre à quatre mains, à une vie, à une mort. Des phalanges, beaucoup d’os, un peu de chair. Je vous souhaite une bonne expérience.

L’Arpenteur

 

Il n’est pas courant d’avoir la parole. En tant que personnage, je veux dire. Dans le prologue, de plus est. Un traitement de faveur que j’apprécie. Merci !

Je ne pense pas être totalement la vraie personne. Je suis un personnage. Je joue un rôle, après tout. La personne aussi, d’ailleurs. Mais moi, c’est prévu. Je suis un personnage de livre, voyons. Je me dois d’être ce que je suis. Je m’incarne. La personne réelle, dont je suis le personnage, joue son rôle malgré lui. Il joue plusieurs rôles. Ce n’est pas un jeu pour lui. Disons qu’il subit ses rôles. Il croit pouvoir être ce qu’il veut. Il n’est que ce qu’il peut. À grande dose d’originalité, il en devient pathétique. Je le suis donc aussi, par fidélité. Je ne peux l’abandonner. Même si je suis lui, je sens qu’il est aussi un peu moi. Sans commune mesure, bien entendu. Je suis fière de l’être.

Pour rien au monde, je ne voudrais revivre cette histoire. Mon histoire. Mais je n’ai aucun regret. Je sais que je devrai, c’est mon personnage, l’éternel insatisfait. La nostalgie du passé, l’espoir du futur. Déchiré entre ce qui a été et ce qui sera. Je suis censé refuser systématiquement le cadeau, le présent. Mais là, tel le comédien dans les coulisses, je me laisse encore quelques instants à moi, sans être lui. Une fois sur scène, je serai Plouis. Le prologue est ma coulisse. Merci de vous y êtes arrêté. Je vous laisse à mes côtés. À tout de suite.

Plouis

 

Entre nous, c’est bizarre. Je vous le dis, car vous me le demandez. Vos yeux parcourent la page, lisent Plouis et cherchent la suite.

Vous ne trouvez pas étrange, vous, que les personnages soient priés de s’exprimer dans le prologue ?

À bousculer les règles, on en déséquilibre le cycle. Le cadre était pourtant clair. Trois personnages vivent dans un monde différent. Par égocentrisme, on désigne les lecteurs comme références. Différent du monde où vivent les lecteurs. Différent par rapport à. Ce n’est pas absolu. Ce n’est pas différent de manière inconditionnelle. C’est important de s’en rendre compte. Sinon, ce n’est pas honnête. C’est hypocrite. D’ailleurs, je suis sûr qu’il y a de l’hypocrisie. De votre part, ou de l’arpenteur. Pas de la Mort. La Mort ne peut pas être hypocrite. Mais vous, peut-être.

L’Arpenteur, sûrement, ce n’est qu’un écrivain voyageur. Où réside l’hypocrisie ? Je vais vous le dire. Non pour vous, vous ne m’inspirez pas confiance, mais pour la Justice. Le droit de savoir. Et pour ma sécurité. Ne plus être dans l’ombre. On vous dit lisez. Et vous dites : j’aime lire.

Alors, on vous conseille, vous goutez quelques pages, ça vous plait, vous vous évadez. Pauvre naïf. On ne s’échappe pas. Vous croyez lire de la fiction, des histoires. En plein dans l’imaginaire. Vous ne faites que lire, vous ne faites que partager le quotidien de personnage infiniment lointain, dans un monde lointain, dans une galaxie lointaine, très lointaine… C’est unilatéral, vous donnez vie à ces romans, et puis l’épilogue arrive. Très bien. La suite. On vous a menti.

Les histoires ne racontent pas la vie des personnages, mais la vôtre. Toutes les fictions ne font que satisfaire votre désir égocentré. Vous ne cherchez qu’à vous lire. L’histoire, les personnages, l’intrigue sont des leurres. Ne vous laissez plus berner. Ne croyez pas qu’une histoire est là pour vous divertir. Elle vous centre. Dans le cas contraire, vous la jetez. On vous parle de monde fabuleux. Manipulation. Tout est bon pour vous mener au plus profond de vous-même. Il fallait qu’un personnage le dise. Merci et méfiance.

Lewella

 

Un endroit où s’exprimer ? Génial. Je ne comprends pas les autres personnages. J’espère que vous êtes arrivé jusqu’ici. Moi, personnellement, j’aurai été saoulé. C’est bête de se faire dégouter par le prologue. Idiot. Surtout si c’est à cause des personnages. Ils ne pensent qu’à eux. Se lamentent, se créent un trip autour de leur petite personne. Moi, je veux vivre. Ni lire ni me faire lire. Je ne suis pas un bouquin, merde. De l’amour contre les mots.

Je n’aurai pas souffert comme ça. De l’amour, c’est si rare ? Il faut faire quoi pour ça ? C’est trop has been, l’amour. On n’apprend pas à aimer. On ne m’a pas appris. On ne vous a pas appris. Pitié, détrompez-moi. Je ne me souviens pas de l’histoire qui va suivre. Je l’ai pourtant vécue, il paraît. Je le crois. À moitié. Ne me perdez pas. J’existe ou j’excite ? Ces deux concepts se mélangent. Vivez-moi.

Jullino

 

Chapitre 1 par ici…

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