Les dix règles d’écrivain par Elmore Léonard

Si ça sonne comme un écrit… réécrivez-le

(Article sur Elmore Léonard, traduit du site Brain Pickings, avec l’autorisation de l’auteure, Maria Popova. Les liens sponsorisés profitent à Maria. Tous les autres liens pointent vers des articles du site original. Dites-moi dans les commentaires si vous souhaitez que je traduise un article en particulier.)

 

Si ça sonne comme un écrit… réécrivez-le.

 

Le 16 juillet 2001, Elmore Léonard (11/10/1925-20/08/2013) apporte sa contribution intemporelle aux canons littéraires dans un court article pour le New York Times, brossant les grandes lignes de ses dix règles pour l’écriture. L’essai, qui inspirera au journal Guardian sa série de listes similaires : conseils de Zadie Smith, Margaret Atwood, Neil Gaiman, deviendra finalement la base des Dix règles pour écrivain (bibliothèque publique). Un petit livre joliment illustré par Joe Ciardiello.

 

 

En guise de préface, il nous donne quelques précautions à prendre :

Ce sont des règles que j’ai sélectionné en cours de route pour m’aider à rester invisible lorsque j’écris un livre, afin de montrer plutôt que de dire ce qui se passe dans l’histoire. Si vous avez des facilités pour le langage et les images, et que le son de votre voix vous plaît, l’invisibilité n’est pas ce que vous recherchez et vous pouvez échapper à ces règles. Toutefois, vous devriez y jeter un œil.

 

 

Ensuite Léonard expose ses dix commandements, imprégnés de son sens de l’humour, de l’humilité et de son discernement sans compromis :

 

1. Ne jamais commencer un livre par un bulletin météo.

S’il s’agit juste de créer une atmosphère, et non de parler de la réaction de votre personnage face à la météo, il ne faut pas faire durer ce passage. Le lecteur est susceptible de survoler le texte jusqu’à tomber sur « quelqu’un ». Il existe des exceptions. Si vous vous trouvez être Barry Lopez, qui a plus de vocabulaire pour décrire la glace et la neige qu’un Inuit, vous pouvez faire tous les bulletins météorologiques qu’il vous plaira.

 

2. Évitez les prologues.

Ils peuvent être ennuyeux, en particulier un prologue suite à une introduction qui vient après un avant-propos. Mais ceux-ci se trouvent généralement en non-fiction. Un prologue dans un roman est une image de fond, et vous pouvez le déposer partout où vous voulez.

Il y a un prologue dans Tendre Jeudi de John Steinbeck, mais ce n’est pas grave puisqu’un personnage dans le livre montre exactement de quoi cette règle parle. Le personnage dit : « J’aime quand on discute beaucoup dans un livre et je n’aime pas que quelqu’un me dise à quoi ressemble le type qui parle. Je veux me faire mon idée de ce à quoi il ressemble à la façon dont il parle… deviner à quoi il pense à partir de ce qu’il dit. J’aime qu’il y ait juste un peu de description. Quelques fois, je veux un livre qui se détache de la flopée de gribouillages. Dérouler quelques jolis mots peut-être, ou chanter une petite chanson avec le langage… C’est sympa. Mais j’aurais aimé que cela soit mis de côté pour ne pas avoir à le lire. Je ne veux pas que le gribouillage soit mélangé à l’histoire. »

 

3. Ne jamais utiliser un autre verbe que « dire » pour porter le dialogue.

Les lignes de dialogues appartiennent au personnage, le verbe c’est l’écrivain qui vient y fourrer son nez. Mais « dire » est moins intrusif que grommeler, haleter, avertir, mentir. Une fois, j’ai vu que Mary McCarthy finissait sa phrase par « professa-t-elle », et j’ai dû arrêter ma lecture pour chercher mon dictionnaire.

 

4. Ne jamais utiliser un adverbe pour modifier le verbe « dire »…

… réprimanda-t-il gravement. Utiliser un adverbe de cette façon (ou de n’importe quelle autre façon) est un pêché mortel. L’écrivain s’expose maintenant de la pire façon : en utilisant un mot distrayant qui peut interrompre le rythme de l’échange. Dans l’un de mes livres, j’ai un personnage qui raconte comment elle avait l’habitude d’écrire des histoires « pleines de viols et d’adverbes ».

 

5. Gardez vos points d’exclamation sous contrôle.

Vous avez le droit d’en utiliser deux ou trois tous les 100 000 mots de prose, pas plus. Si vous avez le talent de jouer avec les points d’exclamation comme le fait Tom Wolfe, alors vous pouvez en distribuer à la pelle.

 

6. Ne jamais utiliser les mots « tout à coup » ou « puis se fût l’apocalypse ».

Cette règle ne nécessite aucune explication. J’ai remarqué que les écrivains qui utilisent « tout à coup » ont tendance à exercer moins de contrôle sur leurs points d’exclamation.

 

7. Utilisez les dialectes et les patois avec parcimonie.

Une fois que vous aurez commencé à épeler phonétiquement les mots dans un dialogue et blindé la page d’apostrophes, vous ne pourrez plus vous arrêter. Remarquez comment Annie Proulx capture les saveurs des voix du Wyoming dans son livre d’histoires brèves Close Range.

 

8. Évitez les descriptions détaillées de personnages.

Avec Steinbeck en tête. Dans Paradis perdu ou Les collines comme des éléphants blancs (Hills like White Elephants) d’Ernest Hemingway, à quoi ressemblent « l’Américain et la fille avec lui » ? « Elle enleva son chapeau et le posa sur la table » est la seule référence pour une description physique de toute l’histoire, et pourtant nous voyons ce couple et les connaissons par le ton de leur voix, sans un seul adverbe en vue.

 

9. N’entrez pas dans les détails concernant les lieux et les choses.

A moins d’être Margaret Atwood et de pouvoir peindre des scènes avec le langage, ou écrire des paysages dans le style de Jim Harrison. Et même si vous êtes bon à ça, vous ne voudriez pas que vos descriptions immobilisent l’action, le flux de l’histoire.

 

Et Enfin :

 

10. Essayez de laisser de côté la partie que les lecteurs tendent à survoler.

Une règle qui m’ait venu à l’esprit en 1983. Pensez à ce que vous sautez comme passages lorsque vous lisez un roman. Des gros paragraphes de prose avec bien trop de mots. Ce que l’écrivain fait, c’est écrire, il commet le gribouillage. Peut-être qu’il jette un nouveau coup d’œil à la météo, ou est parti à l’intérieur de la tête de son personnage, et le lecteur sait déjà à quoi pense le mec ou bien s’en fiche. Je parie que vous ne sautez pas les dialogues.

 

Ma règle la plus importante est celle qui résume les dix.

Si cela ressemble à de l’écriture, je le réécris.

Ou, si l’usage s’interpose, je dois le laisser tomber. Je ne peux pas permettre que ce que j’ai appris en composition d’Anglais brise le son et le rythme de la narration. Mon but est de rester invisible, pas de distraire le lecteur de l’histoire avec une écriture communément admise. (Joseph Conrad dit quelque chose à propos des mots se mettant en travers ce que vous voulez dire.)

Si j’écris toujours depuis son décor et du point de vue d’un personnage en particulier – celui qui a la meilleure vision de la scène – je peux me concentrer sur les voix des personnages qui vous disent qui ils sont et ce qu’ils ressentent par rapport à ce qu’ils voient et ce qui se passe. Et je demeure invisible.

Ce que Steinbeck fait dans Tendre Jeudi, c’est de nommer ses chapitres comme une indication, quoique obscure, de ce qu’ils couvrent. « Ceux que l’amour de Dieu rend fous » en est un, « Mercredi Pourri » un autre. Le 3ème chapitre s’intitule « gribouillage 1 », et le 38ème chapitre « gribouillage 2 », comme un avertissement au lecteur, comme si Steinbeck disait : « Ici vous me verrez mener des envolées sophistiquées, et cela ne se mettra pas en travers de l’histoire. Passez-les si vous le souhaitez. »

Tendre Jeudi paru en 1954, quand je commençais tout juste à être publié, et je n’oublierai jamais ce prologue.

Ai-je lu les chapitres de gribouillages ? Chaque mot.

 

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