L’art du « sommeil créatif » : l’écriture et le rêve éveillé, par Stephen King

(Article sur Stephen King, traduit du site Brain Pickings, avec l’autorisation de l’auteure, Maria Popova. Les liens sponsorisés profitent à Maria. Tous les autres liens pointent vers des articles du site original. Dites-moi dans les commentaires si vous souhaitez que je traduise un article en particulier.)

 

En écrivant comme en dormant, nous apprenons à être physiquement calme en même temps que nous encourageons notre esprit à se débloquer de la monotonie rationnelle de la journée.

 

Une femme pleine de sagesse a dit : Le sommeil est le plus grand des aphrodisiaques créatifs. Effectivement, nous savons déjà que dormir permet de réguler nos émotions négatives et que « la rêverie constructive positive » augmente la créativité, alors qu’un cycle de sommeil perturbé nous handicape mentalement. Mais un état proche du sommeil éveillé – en dehors du rêve lucide – peut-il vraiment enrichir et renforcer notre capacité de création ? Oui, d’après Stephen King. Dans Écrire : Mémoires du métier (On writing : a memoir of the craft, bibliothèque publique, IndieBound),  qui nous donne également son plaidoyer contre les adverbes, le célèbre romancier examine les similitudes entre sommeil et écriture. Il prend en considération une routine quotidienne – que beaucoup de créateurs célèbres utilisent pour se recentrer – qui induit un état d’auto-mesmérisme qui produit cette alchimie paradoxale : la discipline de l’esprit pour la libération sans retenue du potentiel créatif, quelque chose que Stephen King nomme « le sommeil créatif » :

Comme votre chambre à coucher, votre bureau d’écriture devrait être privé : une pièce où vous vous rendez pour rêver. Votre emploi du temps – à peu près à la même heure chaque jour, quand vos mille mots sont sur le papier ou dans le disque dur – existe dans le but de vous habituer, vous préparer à rêver exactement comme vous êtes habitués à vous endormir rapidement après vous être couchés, approximativement à la même heure chaque nuit, en suivant le même rituel.

 

Stephen King compare le processus créatif à une sorte d’état de rêve éveillé. D’après lui, de la même façon que le sommeil façonne notre temps d’éveil, cet assoupissement de l’esprit durant l’éveil façonne nos capacités créatrices en relâchant notre imagination jusque-là réprimée :

En écrivant comme en dormant, nous apprenons à être physiquement au repos en même temps que nous encourageons notre esprit à se débloquer de la monotonie rationnelle de la journée.De la même manière que corps et esprit s’accoutument à une certaine dose de sommeil chaque nuit – six heures, sept, peut-être les huit recommandées – vous pouvez entraîner votre esprit à rêvasser en période d’éveil et vous exercer aux rêves éveillés débordants d’imagination qui sont déjà des œuvres de fiction brillantes.

 

 

En fin de compte, ce « sommeil créatif » est ce qui nous permet de cultiver nos propres mondes tout en écrivant – ce qui est entravé par le déferlement des distractions qui emplissent l’espace de la vie quotidienne. Stephen King propose quelques astuces pratiques afin de créer ce type d’espace calme nécessaire à la rêverie :

L’endroit peut être humble… et il ne nécessite réellement qu’une seule chose : une porte que vous puissiez verrouiller. La porte fermée est votre façon de dire au monde de s’occuper de ses oignons…

Si possible, il ne devrait pas y avoir de téléphone dans votre bureau d’écriture, et encore moins de TV ou de jeux vidéos qui pourraient vous distraire. S’il y a une fenêtre, tirez les rideaux ou déroulez le store de façon à ce qu’il ne reste qu’un mur uniforme. Pour n’importe quel écrivain, et plus encore pour les débutants, il est plus sage d’éliminer chaque distraction potentielle. En écrivant, vous commencerez à naturellement filtrer ces distractions, mais au début il vaut mieux s’en préoccuper avant même de commencer à écrire. Quand vous écrivez, vous voulez vous débarrasser du monde, n’est-ce pas ? Bien sûr que vous le voulez. Quand vous écrivez, vous créez vos propres mondes.

 

Les conseils de Stephen King, bien évidemment, devraient être pris avec des pincettes : Comme le disait vivement E.B. White, un écrivain qui attend les conditions idéales pour travailler mourra avant d’avoir pu coucher un mot sur le papier. – une opinion partagée par Charles Bukowski dans son fantastique poème « air et lumière et temps et espace« , nommé d’après les conditions dont l’absence ou la présence étaient selon lui une excuse plutôt qu’une nécessité pour le véritable écrivain.

 

D’autres conseils par ici.

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