Comment être un écrivain par Ted Hughes : Lettre de conseils à sa fille de 18 ans.

(Article traduit du site Brain Pickings, avec l’autorisation de l’auteure, Maria Popova. Les liens sponsorisés profitent à Maria. Tous les autres liens pointent vers des articles du site original. Dites-moi dans les commentaires si vous souhaitez que je traduise un article en particulier. )

Le premier signe de désagrégation chez un écrivain est que l’écriture perde le cachet unique de son personnage – et sa lumière intérieure.

Lisez de bons livres, ayez de bonnes phrases dans vos oreilles, conseillait la poétesse Jane Keyon dans ce qui reste comme quelques uns des meilleurs conseils d’écriture et de philosophie de vie. Mais si la littérature est essentielle à notre développement moral, comme le croyait Walt Whitman, et que lire agrandit notre humanité, comme l’affirmait Neil Gaiman, alors l’harmonisation de bonnes phrases est vitale non seulement  pour le style d’écriture mais aussi pour notre essence sensible du personnage.

Voilà ce que conseille le poète Ted Hugues (17/08/1930-28/10/1998) dans une exceptionnelle lettre de conseils à sa fille adolescente, Frieda, extraite des Lettres de Ted Hugues (bibliothèque) – le même volume qui nous offre cette émouvante lettre à son fils, à propos de nourrir l’enfant intérieur universel.

Frieda est devenue à demi-orpheline à trois ans lorsque sa mère, Sylvia Plath, se suicida. Hugues reste seul à élever leurs deux enfants, pour qui Plath avait écrit ses livres réservés aux enfants. Après le huitième anniversaire de Frieda, comme elle se tenait au bord du précipice de sa propre carrière d’alphabétisation, son père partagea avec elle la plus importante chose qu’il avait appris – de T.S. Elliot, rien que ça – sur ce qu’il faut pour devenir un poète.

Hugues écrit :

T.S. Eliot m’a dit « qu’il n’y a qu’une façon pour un poète de développer une écriture véritable – mises à part l’auto-critique et la pratique constante. C’est en lisant les poésies d’autres écrivains à voix haute – qu’importe ce qu’on puisse comprendre ou ne pas comprendre (par exemple, même dans une langue étrangère). Car ce qui importe plus que tout est d’éduquer l’oreille. »

Ce qui importe, c’est de connecter ta propre voix dans une gamme infinie de cadences verbales et de séquences – et c’est uniquement un véritable et infini entraînement de ton oreille qui puisse emmagasiner tout cela dans ton système nerveux. Le reste peut être laissé à ta vie et à ton personnage.

Dans une interminable lettre écrite trois ans plus tard, débattant sur les poèmes d’Ariel (écrits par Plath et publiés à titre posthume), Hugues revisite le sujet du personnage comme étant la source de l’écriture :

Le premier signe de désagrégation chez un écrivain est que l’écriture perde le cachet unique de son personnage – et sa lumière intérieure.

Frieda Hugues allait elle-même devenir une poétesse, une artiste-peintre et une auteure de livres d’enfants reconnue. Plus tard, elle ressuscitera l’œuvre peu connue de sa mère et passera beaucoup de temps de sa vie d’adulte à défendre le personnage de son père contre la pseudo-analyse hubristique des curieux qui le blâmaient pour le suicide de Plath. En réalité, peu de relations privées ont été autant le sujet d’intrusions publiques si impitoyables et cyniques que celle de Hughes et Plath, qui commença par une tempête de passion et termina en tragédie. Comme la relation entre Albert Einstein et sa première femme, dont la vérité nuancée a été noyée par un chœur d’idées toutes faites, la relation entre Hughes et Plath est devenue la cible d’incessantes spéculations  malveillantes après le décès de Plath. Hughes lui-même déplorait la façon dont les critiques décrivaient sa poésie comme « une permission générale pour fouiller dans les vies de sa famille » avec « malice et de la pseudo-psychologie ». Critiques et public auto-proclamé semblaient tous deux – et semblent toujours – oublier que personne ne peut jamais savoir ce qui se passe entre deux personnes, et moins encore ce qui se passe à l’intérieur d’une personne, et que tout droit d’interprétation appartient uniquement à ceux qui habitent ce territoire de l’intime.

 

Traduction par Leïla

D’autres conseils par ici.

 

Un petit partage...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedInPin on PinterestEmail this to someonePrint this pageShare on TumblrFlattr the author

Laisse un commentaire ici plutôt que sur Facebook