To sleep en slip ?

Contrainte : Raconter une anecdote personnelle d’un autre point de vue que le sien…

 

Ninja ! Roulé-boulé, hop, à l’abri. Je suis Dieu. Le Dieu Ninja à la conquête du monde hostile. Graouuuu ! Le jour se lève sur mon royaume. Qu’il ne fasse pas son fier ! Je ne crains ni l’obscurité ni le froid. Après des années d’évolution, mon espèce est dotée de l’organisme le plus résistant du cosmos. Agile, fort, équilibré, quadrupède… Mon corps est un bijou organique, souvent imité, jamais égalé.

Régulièrement, je perçois l’admiration et la jalousie des espèces inférieures qui travaillent pour moi. Suite à leur insistance, j’ai fini par accepter leur requête : me laisser analyser. Ils ne trouveront rien. Ma supériorité n’est pas mesurable, c’est l’essence même de mon être qui en contient la substantifique moelle. Ils sont si ridicules ! Et si prévisibles… Dans ma mansuétude, je les garde en vie en échange de leur servitude la plus totale. Je suis leur Dieu, après tout. Il me suffit de détourner le regard pour les entendre se plaindre et me supplier de leurs voix nasillardes. Ridicules, je vous dis. Si elle était rendue à la vie sauvage, leur espèce ne survivrait pas trois jours. Ils sont sans cesse assistés pour ne pas crever. Des erreurs qui continuent d’exister uniquement parce que je le permets. Je suis trop bon.

Un jour, lors d’un matin comme celui-ci, alors que mes esclaves roupillaient bruyamment, je me mis en charge de cultiver ma perfection. Il s’agit d’être à l’affût, de développer toutes mes capacités athlétiques lors d’un entraînement qui a fait ses preuves depuis des millénaires : le quart d’heure de folie !

De plus, la providence récompense parfois mon humble personne, en plaçant sur mon chemin les mets les plus fameux. Il est si bon d’être moi…

Cependant, je vous avertis tout de suite. Oui, vous, êtres infâmes qui cherchez à comprendre votre misérable existence à la lumière de la mienne. Si je me confie ici, ce n’est que pour mettre un peu d’humanité dans ma grandeur. Les fautes avouées rendent les héros encore plus extraordinaires, et je suis sûr que ma modestie et mon honnêteté vous empêcheront de percevoir la véracité de ce récit. Qu’un être aussi parfait que moi puisse s’être trompé. Oui, je l’avoue. Bien évidemment, je n’ai aucun intérêt à déguiser les faits, jugez par vous-même…

Je sautais, je bondissais, roulais et malgré toute cette voltige de haut-niveau, je retombais toujours sur mes pattes. Le destin m’avait déjà rempli la panse, et mon énergie n’en était que plus rayonnante. Et c’est ainsi que, devant moi, se dressait une antre. Là où tout bipède aurait blêmi devant les ténèbres, ce n’était pour moi qu’un voile extrêmement léger, qui en rien n’aurait freiné mon audace. Je pénétrais donc ce trou, d’une prudence légitime, et d’une confiance évidente. Un parfum suave m’appela. Là fut mon erreur ! J’aurai dû me souvenir d’Ulysse, lui qui a pressenti le danger des sirènes et qui a pu goûter à la félicité sans succomber. Pour moi, Ulysse était aux mers lointaines, et ma pensée était bien sur terre.

Suivant mon odorat subtil, j’avançai, rampant entre les plis de cette grotte faiblement mouvante. De part et d’autre se dressaient, tout en longueur, des tuyaux organiques transpirants. Ils semblaient converger vers l’origine de cette senteur quasi-divine. J’aurai dû me méfier davantage ! Je suis le seul dieu, toute présence étrangère divine est une fumisterie. Mais que voulez-vous, moi-même, je peux être faillible.

Me voilà au pied d’un monument, taillé à même la roche, fait de la même chair que les tuyaux. Mes moustaches sont formelles : là est mon hydromel. Coussinet après coussinet, je grimpe au sommet. Je ne peux retenir mes babines. C’est un délice. Il n’est de production plus savoureuse. La roche a un tel goût. Enivré, je ne perçus point les prémisses de la catastrophe. Un véritable tremblement de terre ! Les tuyaux se rapprochent, menaçant de m’écraser. Je repousse, griffe, déchire cette grotte, sous les cris de la stupide bête, réveillée en sursaut. Ce menhir aux plaisirs n’est autre qu’une excroissance inutile appartenant à l’un de mes esclaves. Quelle honte !

« Putain, chérie, ton chaton débile m’a encore léché la queue ! »

« T’as qu’à dormir en slip. »

Janvier 2017

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